La BCE joue t’elle sa dernière carte?

 

Il ne faut pas se leurrer, à situation grave, mesure grave. C’est à peu près ce qui vient de se produire sans le dire vraiment, avec la dernière mesure choc et sans précédent prise par le Président de la BCE Mario Draghi.

 

En effet, cette décision de baisser le principal taux directeur à  0,15% soit un taux négatif en tenant de l’inflation aussi faible soit-elle, cela ressemble bien à une sorte de cri de désespoir, une manière de jouer sa dernière carte  pour atteindre ses objectifs.

Pour rappel, la principale mission de la BCE consiste à maintenir le pouvoir d’achat de l’euro, et donc la stabilité des prix, même si par moment elle nous donne l’impression de vouloir mener une politique économique d’envergure qui va bien au-delà de son mandat.

 

Actuellement, le mot qui revient le plus souvent est qui provoque l’allergie de la BCE s’est la déflation, c’est-à-dire les prix des denrées et des biens qui continuent à chuter à cause d’un pouvoir d’achat faible qui entraine la courbe de la croissance vers le bas…La déflation est l’ennemie de la croissance.

 

Bien entendu, le but non dissimulé  est de compenser un euro structurellement fort, un chômage élevé et des dettes publiques colossales.

 

L’attitude de Mario Draghi rappel étrangement celle du Président de la FED, Alan Greenspan, qui a été le premier à baisser le taux directeur à 1% en un temps record dans les années débuts 2000 avec l’éclatement de la  bien connue bulle immobilière et ses conséquences tragiques qui ont suivies.

 

Il n’est par conséquent pas inutile de s’interroger sur les risques, cette fois-ci en Europe, de voir naître de nouvelles bulles avec cet argent bon marché qui va bientôt être déversé.

 

N’oublions pas non plus que le but des banques reste de vendre de l’argent exactement comme un marchand d’électroménagers va tout faire pour vendre des postes de télévisions ou des ordinateurs. C’est leur métier. Par conséquent, la tentation d’inciter à la surconsommation des crédits à nouveau accessibles  au détriment des risques ou inciter à racheter ses crédits à meilleurs taux va refaire surface avec le risque réel de créer différentes bulles spéculatives.

La seule bonne nouvelle qu’il faut peut-être retenir dans ce nouveau plan, ce sont les injections de liquidités annoncées en faveur des banques pour les encourager à prêter aux entreprises,  en priorité aux PME qui n’ont pas accès aux marchés financiers  et aux ménages, à l’exception notable des crédits immobiliers. (Pour ne pas réitérer les erreurs de la FED).

La BCE lancera en septembre et en décembre prochain deux prêts ciblés de quatre ans aux banques de la zone euro, baptisés TLTRO (targeted long term refinancing operation).

 

A ce propos, le patron de l’institut munichois IFO, Hans-Werner Sinn, estime ainsi que les mesures de Mario Draghi représentent « une tentative désespérée (…) pour détourner les flux financiers vers le sud de l’Europe pour stimuler leurs économies ».

 

Pour les banques européennes, c’est “open bar” jusqu’en 2016, à un taux très avantageux, devrait changer le comportement des banques vis-à-vis des PME et des ménages auxquelles ils  avaient fermé à double tours les robinets de liquidités. Le but espéré est bien évidemment d’éloigner le plus possible le risque de déflation, sortir la zone euro de la stagnation économique, relancer la croissance, l’inflation et l’emploi.

 

On peut dire que la BCE et Mario Draghi   jouent leur va-tout…leur dernière carte.  Désormais la politique économique de la BCE est tracée pour un bon moment, il faut juste espérer recueillir les premiers fruits des ses nouveaux choix d’ici 15 à 18 mois.

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